• Bombardement du jeudi 16 septembre 1943

    Rue de l’Arche sèche

    Nantes, le 16 septembre il faisait très beau, c'était un jeudi et il y avait beaucoup d'enfants avec leur mère au Jardin des Plantes, lorsque retentit le signal d'une alerte et, très vite, le jardin fut arrosé d'éclats de la D.C.A. Le bâtiment de l'Ecole d'Horticulture se remplit d'enfants et de femme; et avec quelques hommes, nous restions dehors près de la porte d'entrée demeurée ouverte et pleine de monde. D'autres personnes étaient couchées sous les massifs d'arbustes (là où devait tomber des bombes le jeudi suivant).

    Nous sentions fortement l'odeur des fumigènes et un bruit continu était comme celui des tôles que l'on auraient froissés. Celui de la dernière chute de bombes fut le plus impressionnant, et aussitôt s'éleva une colonne de fumée en direction de la rue du Calvaire. Et ce fut le Silence ...

    Je vis une femme enveloppée dans un veston d'homme pour cacher sa nudité et rue Georges Clémenceau, des gens sortaient des maisons sur les rues, pour inspecter les facades, qui, d'ailleurs n'avaient pas subi de dommages. La place Royale et la rue du Calvaire brûlaient; des toitures étaient soufflées, le sol jonché de débris de pierre et de bois; place de l'Oratoire les vitres étaient brisées aux fenêtres. En avançant vers la place Louis XVI, j'aperçus la facade du Cercle et la colonnade qui avait disparue, la toiture restait suspendue au-dessus du vide; place Saint-Pierre, je vis un homme assis, immobile et raidi, la figure sillonnée de filets de sang par la poussière de tufeau. Rue Chateaudun, il y avait beaucoup de monde, des maisons ruinées. Je franchis un barrage de police. En face de l'Hôtel de Ville, la maison de nos cousins Arondel n'y était plus. Place du Cirque, les immeubles des cousins Vincent et Sébilleau s'étaient effondrés et la rue de l'Arche-Sèche infranchissable (photo).

    Nous pouvions heureusement emprunter l'avenue établie sur l'ancien lit de l'Erdre qui avait été comblé, sans quoi la ville eu été coupée en deux : les emplacements des anciens quais étant obstrués par des immeubles effondrés.

    Dans la journée, nous apprenions les décès de mes cousins Franck Bougouïn (francois? marié à Simonne Vincent) rue de l'Arche-Sèche, de Pierre Vincent et sa femme. Madeleine Olivry-Beucher et sa mère, encore ensevelies sous les décombres de leur bel Hôtel aux cariatides, mon ami Alain Poirier place du Bouffay, Me Ferrél-Bolo et son personnel rue Boileau, Me Bénardeau rue du Calvaire, Me Gicquel rue Santeuil, Mme Anjouste etc etc. L'heure était tragique ...

    Gendron était de l'équipe du déminage et Charles Mabit le directeur des équipes d'Urgence de la Croix-Rouge. L'Hôtel-Dieu était détruit et il fallait aller à Saint-Jacques où se trouvait ma cousine Maud Martineau-Le Port. 180 cadavres serrés et raidi dans des positions extravagantes, d'autres dans l'amphithéâtre; le train du S.I.P.E.G (1) est arrivé dans la matinée du 17 ...

    Beaucoup trop de Nantais ne descendaient déjà plus aux "abris", trop habitués à voir les formations de bombardiers, mais cette fois-ci ce fut une vraie attaque.

    La semaine suivante, tous les morts ont été regroupés dans le hall central du Musée des Beaux-Arts, où se faisait l'identification et la mise en bière. Faute de draps, les corps étaient enveloppés dans du papier kraft et saupoudrés avec du gros sel pour absorber les humeurs liquides, qui devaient cependant tacher horriblement le pavé de cette grande salle. Et commença la veillée funèbre par les infirmières de la Croix-Rouge; tandis que les familles cherchaient toujours à reconnaître leurs morts, que de nouveaux restes humains sortis des déblais, continuaient à arriver (.../...), et cela continua après les obsèques du 19 septembre. Ma femme y a passé des journées (.../...). Sept des cercueils annoncés manquaient, remplacés par sept autres; et c'est elle qui a reçu les plaintes de ceux dont le mort ne se retrouvait plus, ayant évidemment été conduit à une autre cérémonie (2) C'est ainsi que, sur l'exemplaire de l'affiche que nous possédons, ma femme avait barré sept noms...

    Bombardement du jeudi 16 septembre 1943  

                                                                                les bombardements du 23 sept ...         

    Plan de vol